EN RÉSIDENCE DU 8 août AU 17 SEPTEMBRE 2023

MYRIAM SIMARD-PARENT

Un imaginaire cocasse et festif.

C’est pendant sa maitrise en sculpture à Concordia que Myriam Simard-Parent découvre le bois. C’est une révélation. Elle aime son odeur, ses textures, ses caractéristiques, ses essences, ses possibilités. Elle apprend à travailler la taille directe avec le tilleul. Elle se familiarise avec les différentes techniques d’assemblage du cerisier, du noyer et du peuplier, ces arbres de chez nous. Elle apprend à se servir d’un tour, d’une scie à ruban, des différents outils d’ébénisterie longtemps réservés aux hommes. Elle admire d’autant plus les premières artistes femmes qui ont osé la sculpture et qui l’inspirent ; Louise Bourgeois pour ses installations monumentales ou l’artiste Annette Messager pour ses propos féministes et sa façon d’intégrer dans son art l’univers domestique et les stéréotypes féminins. Aussitôt son diplôme en main, elle s’équipe de machinerie, de couteaux et ciseaux à bois, gouge, sableuse, ponceuse, vrille, embouts, rabot, serre, burin, scies, poinçon, marteau et maillet. Elle s’aventure dans le métier d’artiste-artisane bien outillée, mais avec l’esprit bourlingueur qui l’anime. C’est une voyageuse. Elle a l’esprit aventurier et son voyage à la grange Adélard en est un d’exploration. Elle aborde son travail comme elle aborderait un voyage au Chili, en Colombie ou au Mexique. Elle observe. À l’endroit à l’envers. Elle regarde le monde à sa manière, avec liberté et fantaisie. Un objet ou une pièce de bois entre les mains, elle le vire dans tous les sens, en se demandant ce qu’elle pourrait bien en faire ? Comment le détourner de sa réalité, le convertir à son imaginaire cocasse et festif ?

Crédit photo : Laurence Grandbois Bernard

Crédit photo : Laurence Grandbois Bernard

Bien dans sa peau, ensoleillée, vive et curieuse, Myriam Simard-Parent avance dans la vie et dans sa pratique artistique d’un pas joyeux et déterminé. Aussitôt arrivée chez Adélard, elle prend possession de la grange, étale ses outils, habite l’espace comme si elle y était depuis toujours. Elle s’approvisionne à même la forêt environnante, revient les bras chargés de longues branches et de troncs d’arbres. Ses écouteurs sur les oreilles, on entend aussitôt résonner le bruit strident d’un outil rotatif qui gruge la chair du bois.  Ça sent la bonne odeur du bran de scie. C’est sa première résidence d’artiste, son premier projet créatif solo depuis sa sortie de l’Université. Les possibilités sont infinies dans cet univers de jeu entre réel et imaginaire, qui est le sien. Elle est à l’étape découverte. De retour de ses escapades hebdomadaires aux comptoirs familiaux de Sutton, Cowansville ou Abercorn, elle en revient avec de petits trésors en bois particulièrement inspirants; lavette, brosse, cintre, rouleau à pâte. Une visite au séchoir à bois avec Jean Lévesque, l’ex-maire de Frelighsburg, l’émerveille. Il lui fait cadeau de planches, les croûtes qu’on appelle, celles qu’on met de côté, mais qui font le bonheur de l’artiste. Son projet prend forme, se précise autour de la mobilité.

Crédit photo : Alexis Bernard

Crédit photo : Alexis Bernard

Elle possède une excellente maitrise d’exécution, une habileté technique qui lui permet  plus d’espace pour la créativité et la poésie. D’une naïveté, volontaire ou non, l’humour assurément émane de ses œuvres déroutantes. Pelle, balai, serpillère, fourche, tous ces objets usuels sont détournés de leur utilité première pour prendre une nouvelle allure. Pendant quelques secondes, le temps que notre imaginaire décode, l’objet est en transition; à quoi peut bien servir une pelle au manche mou ?  À faire sourire, dira l’artiste avec amusement, à faire réfléchir sur l’absurdité et la banalité de notre quotidien. Une planche suspendue sur un cintre comme un pantalon, un fusilli piqué dans une fourche? Un tronc d’arbre qui se plie en trois? En retrouvant ces artéfacts, que comprendront les archéologues sur les us et coutumes de cette civilisation perdue? Et cette banderole de branches attachées les unes aux autres et reliées par des maillons, est-ce une colonne vertébrale, des ossements humains ou ceux d’un animal exotique ? Voilà ce qui fait tout le charme du travail de Myriam Simard Parent. Ses œuvres sont uniques, pleines de fantaisie, de créativité et de lumière. 

Un autre voyage l’attend. Deux expositions à venir au printemps prochain. Parc à chiens, une expo solo présentée à Rimouski et une autre au Centre d’art actuel CIRCA à Montréal, où son travail, amorcé ici à la grange d’Adélard, sera exposé avec deux autres artistes. Et puis, le Japon peut-être. Elle rêve d’aller y faire une résidence, découvrir ce pays du savoir-faire ancestral où l’on se transmet, de génération en génération, le profond respect pour la forêt, le bois et l’architecture. L’amour du métier, c’est vraiment dans ses cordes!

Isabelle Hébert

Crédit photo : Alexis Bernard

Crédit photo : Alexis Bernard

Crédit photo : Alexis Bernard