Retour à tous les événements

Stina Baudin - The Sky Still Carries the Stories


  • Adélard 23-C rue Principale Frelighsburg Canada (carte)

Exposition

Stina Baudin

The Sky Still Carries the Stories

16 mai au 2 novembre 2026

Vernissage : samedi 16 mai 2026, à 16h : cliquez ici

Adélard présente The Sky Still Carries the Stories, une œuvre extérieure monumentale de l’artiste Stina Baudin. Installée sur le toit de la grange d’Adélard, l’œuvre évoque un vaste ciel étoilé et transforme l’architecture agricole du lieu en une surface de mémoire dédiée aux présences historiques de personnes noires dans la région au XIXe siècle. Réfléchissante et changeante, celle-ci s’anime au contact de la lumière, du ciel et de son environnement immédiat.

Inspirée des logiques d’assemblage propres à la courtepointe, cette installation in situ est composée de centaines de bandes de textiles noirs et bleus et d’une multitude de miroirs cousus à la main. Par son échelle, la répétition du geste et l’attention portée aux matériaux textiles, l’œuvre articule une dimension à la fois performative et commémorative. Elle prend racine dans l’histoire locale du nord de la vallée du lac Champlain, territoire associé aux parcours du chemin de fer clandestin, et rend hommage aux personnes noires ayant fui l’esclavage aux États-Unis, et dont le travail, souvent accompli dans des conditions difficiles, a contribué au développement de la région de Brome-Missisquoi.

Accompagnée d’une pièce sonore de Markus Floats, l'œuvre de Stina Baudin propose un geste simple, mais chargé de portée symbolique : Écouter et lever les yeux vers le ciel en reconnaissance de personnes trop longtemps tenues en marge des récits officiels.

  • Le 9 mai 1972, le révérend Jesse Jackson fait une apparition à Sesame Street pour animer un jeu d’appel et réponse avec les enfants de l’émission populaire. À chaque refrain, il affirme la valeur inhérente à la différence de chacun·e. « Je suis quelqu’un ! », scande-t-il, et les enfants répètent en chœur : « Je suis peut-être petit·e, mais je suis — quelqu’un ! J’ai peut-être fait des erreurs, mais je suis — quelqu’un ! Mes vêtements sont différents, mon visage est différent, mes cheveux sont différents, mais je suis — quelqu’un ! »… Dans le contexte du mouvement pour les droits civiques et celui du Black Power dans l’Amérique des années 1970, l’autodétermination des Noir·e·s prenait son essor. Plus d’un demi-siècle plus tard, alors que les artistes et les acteurs culturels continuent de trouver de nouvelles façons de valoriser la vie des Noir·e·s, le message de Jesse Jackson demeure toujours d’actualité.

    Pour ce projet chez Adélard, l’artiste textile interdisciplinaire haïtiano-canadienne Stina Baudin a créé une œuvre publique monumentale en hommage à la présence historique des Noir·e·s dans les Cantons-de-l’Est. The Sky Still Carries the Stories (Le ciel porte encore nos histoires)est une vaste courtepointe qui recouvre l’entièreté du toit de la grange d’Adélard. Des morceaux rectangulaires — de bâches noires et bleues, de coton ciré, de denim, de tissu en lanières teinté à l’indigo — sont cousus à la main et incrustés de miroirs. Une composition sonore de Markus Floats accompagne l’œuvre, mêlant noms, chiffres et fragments de poésie aux sons ambiants de carillons et de cloches.

    Il n’y a pas si longtemps, et pas si loin d’ici, à St-Armand-Philipsburg, l’enseignant Hank Avery travaillait sans relâche pour qu’un lieu de sépultures non marquées de personnes noires, découvert sur un terrain privé, soit dignement commémoré. Ici, à Adélard, une autre commémoration est en cours, grâce à la recherche créative de Stina. Comme artiste, elle s’intéresse aux manières dont on organise les archives, et au sens qu’on accorde à ce processus. Ces préoccupations l’ont amenée à prendre du recul par rapport aux méthodes de recherche axées sur la « recherche de la vérité », car, en ce qui concerne l’histoire des Noir·e·s au Canada, les informations sont souvent inaccessibles, voire perdues à jamais. Quels sont les noms de ces personnes laissées pour l’éternité dans une tombe anonyme sur un terrain privé ? Cette question demeure sans réponse. Face à l’absence de documentation sur l’histoire des Noir·e·s, Stina a adopté une approche tout autre — elle a créé une œuvre dont les contours donnent forme à une nouvelle histoire de la vie des Noir·e·s dans la région.

    Sur la surface de la courtepointe, le soleil et la lune embrassent les miroirs, leurs reflets scintillants créant une cacophonie visuelle. Les étoiles ont toujours formé une carte du ciel, un moyen de s’orienter vers d’autres contrées peut-être meilleures. Ces miroirs, à l’instar des étoiles, pulsent d’une présence céleste bienveillante, une présence qui nous montre le chemin. Cette lumière réfractée d’en haut semble ancestrale.

    On estime que dans les années 1830, plus de 200 personnes noires vivaient dans cette partie des Cantons-de-l’Est. La grange d’Adélard date de cette époque, et il est probable que des ouvriers agricoles noirs y aient travaillé, vu leur présence importante dans la main-d’œuvre rurale de la région. The Sky Still Carries the Stories est un témoignage emblématique de leur histoire méconnue. L’œuvre recouvre la grange d’une immense courtepointe, comme pour protéger un lieu sacré. De cette façon, elle fait valoir un passé fermement ancré dans le contexte local, et témoigne de la présence noire de longue date à Frelighsburg et, plus largement, dans les Cantons-de-l’Est.

    Stina travaille souvent avec l’abstraction. Ici, avec le toit de la grange d’Adélard comme toile vierge, elle réalise son plus ambitieux projet textile en carrière : une œuvre d’environ 10 mètres par 12 mètres. Chaque « bloc » de la courtepointe mesure 5 à 10 cm de large et 1,5 à 2 mètres de long. Elle a confectionné plus de 1400 blocs pour recouvrir le toit au complet, et chaque pièce cousue à la main lui a demandé jusqu’à une heure d’ouvrage. Le travail que Stina a mis dans ce projet constitue un véritable hommage. Les jours, les semaines et les mois passés à soigneusement collecter les matériaux, à planifier la courtepointe, à découper, à teindre et à assembler les sections — c’est au fond ce travail qui lui a permis d’honorer la vie des personnes noires qui autrefois habitaient ces lieux. Autrement dit, le travail historique des Noir·e·s lié à ce site trouve un fort écho dans l’œuvre de Stina, et si vous, comme visiteurs, vous intériorisez cet écho, il vous sera possible de le ressentir dans tout votre corps, en écoutant les voix et en contemplant la lumière briller d’en haut.


    Texte original en anglais traduit par Simon Brown

  • Le COTON est un élément clé dans l’histoire des Noir·e·s en Amérique du Nord (évidemment !).

    L’IMPRESSION À LA CIRE (le WAX COTTON) est une tradition textile africaine qui rend le tissu étanche, entre autres.

    Les COURTES-POINTES servent à protéger : elles tiennent chaud, et peuvent également transmettre des informations codées.

    Le BLEU et le NOIR évoquent les couleurs du ciel et l’identité noire elle-même.

    Les ÉTOILES représentent les possibilités infinies des Noir·e·s, celles qui paraissent dans les récits historiques officiels, ainsi que celles qui en sont exclues.

    Le PAYSAGE SONORE dans cette œuvre présente un grand ensemble de voix noires, adultes et enfants, ainsi que la voix de l’artiste elle-même. Ces voix racontent les histoires que nous portons en nous, témoins de notre passé ; elles racontent la collectivité des étoiles et la collectivité des personnes noires qui ont sûrement travaillé, ri, dormi, cuisiné, mangé et chanté ensemble ici même, dans cette grange.

 

Paysage sonore de Markus floats

The Sky Still Carries the Stories
Markus Floats + Stina Baudin
 

À propos de Stina Baudin

Stina Baudin (elle) est une artiste interdisciplinaire haïtiano-canadienne, actuellement basée entre Montréal et les États-Unis. Elle a étudié à l’Université Concordia (2012) ainsi qu’à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles en 2019. Elle est diplômée d’un MFA en 2025 et lauréate de la bourse Gilbert Foundation à la Cranbrook Academy of the Arts.

Stina Baudin a été récipiendaire des bourses Gilbert Foundation Scholarship en 2023/24 et 2024/25, ainsi que du Maxwell/Hanrahan Foundation Materials Award (États-Unis) de Cranbrook. Elle a participé à des résidences au ZK/U Berlin, au Banff Centre for Arts and Creativity (Canada) et à Pocoapoco (Mexique). Parmi ses expositions récentes, son travail a été présenté au Musée d’art de Joliette (Canada), au Clark Centre (Canada) et à la Biennale d’art de Toronto (Canada). Son travail a été soutenu par le Conseil des arts du Canada, Holon Berlin et le CALQ (Conseil des arts et des lettres du Québec).


Remerciements

L’artiste souhaite remercier Markus Floats, Yaniya Lee, Christina Mills, Gaïa Mills-Péan, Zoë Mills-Péan, Nura Ali, Henry Ali Scrivens, Sandeep Badwall, Mohinder Badwall, Cell Gamez, Coco Courtney, Jumall Mortimer.


Partenaires



Événement antérieur: 16 mai
Huit vues du mont Pinacle
Événement ultérieur: 16 mai
Lancement estival 2026